6 mots pour découvrir l’univers de BOICHI

6 mots pour découvrir l’univers de BOICHI

Sun Ken RockBOICHI est un auteur coréen, immigré au Japon pour poursuivre son rêve : dessiner librement des mangas. Il entre dans la cour des grands avec la publication et le succès de sa série Sun-Ken Rock publiée chez Doki-Doki. Un titre incontournable pour tous les amateurs de bastons, de belles femmes, et de justice. Drôle et cynique, vous ne pourrez que vous attacher à ce « héros malgré lui » qui considère ses poings comme l’arme la plus efficace pour régler un conflit.

Découvrez une interview exclusive où l’auteur se confie à travers 6 mots ancrés dans son univers. Une approche libre qui nous permet d’en apprendre plus sur BOICHI, un auteur qui n’a pas la langue dans sa poche.

La Baston

La Baston pour moi me rappelle l’année 97 lorsque le gouvernement coréen a proclamé le « juvénile protection act », la loi pour la protection des mineurs, annonçant aussi la suppression de la liberté d’expression. Par la suite, la crise économique asiatique qui a frappé la Corée de manière significative, m’obligeait à louer des mangas en tant qu’auteur car on ne pouvait plus en acheter. Il a fallu combattre tout ça pour protéger ce que j’aime : le manga.

Donc le combat évoque déjà une forme de solitude car il n’est jamais obligatoire, la victoire incertaine, mais on le fait parce qu’on aime. On défend ce qu’on aime car sans amour on ne le ferait pas. C’est comme protéger sa petite amie contre une personne qui veut l’attaquer, c’est l’amour et les émotions qui nous poussent à la baston. Par rapport aux mangas, le combat c’est celui que je mène tous les jours contre moi-même pour progresser et continuer de partager ma passion.

Planche Sun-Ken Rock

La Mafia

La mafia m’évoque la différence entre réalité et fiction. Tout d’abord, je déteste moi-même toute forme de violence. Donc la mafia est une chose qui ne devrait pas exister. Mais par contre, dans la fiction, on peut prendre ça avec plus de légèreté, en rire, faire des films d’actions, des scénarios avec de la baston, raconter une histoire épique ou héroïque… Il peut aussi arriver qu’on utilise ce sujet-là comme outil littéraire pour raconter des faits sociétales ou politiques, voir même historiques afin d’aborder d’autres sujets de façon plus métaphorique. J’espère que mes lecteurs apprécieront de lire Sun-Ken Rock tout en ayant conscience qu’évidemment, ce sont des choses qui ne devraient pas exister.

Planche Sun-Ken Rock

Le Cinéma

Pour moi c’est une arme ! Une arme que j’utilise pour m’adresser à mes lecteurs. Lorsque j’étais jeune et que je m’intéressais aux mangas, il était très difficile à cette époque de trouver de très bons titres japonais. Jusqu’en seconde je n’ai pas eu l’occasion d’en lire. Je me suis donc intéressé au cinéma, et c’est lui qui m’a appris à raconter une histoire, comment travailler les images, et notamment la technique de dessin pure comme dessiner les plis des vêtements, les jeux d’ombre… Je me suis inspiré de cet art et j’en ai fait mon arme principale pour me constituer en tant que mangaka.

Planche Sun-Ken Rock

La Femme

Le premier mot qui me vient à l’esprit lorsqu’on me dit le mot « femme », c’est la haine. La haine envers les hommes parce qu’ils ne m’intéressent pas : dessiner les pectoraux des hommes, j’en ai marre ! (rires) Et quand je suis dans cet état d’esprit, je préfère dessiner une jolie fille. En fait, j’aimerais dans mon univers être le seul homme qui existe, comme ça je pourrais en profiter beaucoup plus.

Quand j’en ai marre de dessiner des personnages masculins et qu’il me vient l’envie de dessiner de jolies paires de fesses ou autre chose, il m’arrive de dire à mon épouse : « Là, j’en peux plus de dessiner des scènes de combats, il est temps que je dessine une ou deux belles filles ». Ma femme m’arrête alors en disant « Non, on va attendre encore un peu, c’est trop tôt ». Grâce à elle, j’arrive à dépasser mes limites. Vive les femmes !

Planche Sun-Ken Rock

L’Anatomie

Cela m’évoque le mot karma ou destin. J’ai consacré beaucoup d’années à l’anatomie pour pouvoir dessiner le corps de la femme de la façon la plus sublime possible. Mais aujourd’hui, le fait est que je dessine toute la journée le corps d’un homme, celui de Ken, ce qui prouve bien que l’on ne peut pas toujours faire ce que l’on aime. C’est un peu comme le mot « femme » : la volonté de vouloir dessiner la femme mais il est impossible pour moi de ne faire que ça (rires).

Par exemple, j’ai mis beaucoup de temps à dessiner la main de Ken, parce que je me suis toujours entrainer à dessiner des mains de femmes, et pour moi les mains d’hommes n’intéressent personne. Quand j’ai posé la question à une de mes assistantes, elle m’a dit que ce qu’elle trouvait sexy chez un homme c’était sa main. Alors je me suis dit que ça doit intéresser quelqu’un finalement. Je me suis concentré pour dessiner la main de Ken de la façon la plus minutieuse, et lorsque je l’ai montré à mon assistante, elle m’a répondu « C’est pas mal ». C’est là que j’ai compris que définitivement, il n’y avait personne dans ce monde-là pour s’intéresser aux mains d’un homme.

Planche Sun-Ken Rock

La Justice

La justice a toujours été un sujet de réflexion très particulier car je mène depuis longtemps des combats pour la liberté d’expression et le droit des mangakas. C’est aussi un sujet compliqué, donc pour faire simple : pour moi c’est une question de droits de l’homme. Tant que les droits fondamentaux des hommes sont respectés, là on peut dire qu’on arrive à une certaine justice et c’est pour cela que je considère la France comme un pays de justice.

Retrouvez la série Sun-Ken Rock chez Doki-Doki (22 tomes parus) et son Art Book rassemblant l’ensemble de son travail et de ses différents titres.

copyright : Sun-Ken Rock © Boichi / Shônen Gahôsha

Authored by: Mei Lee

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