Si vous n’avez pas raté Your Name. au cinéma… (avec spoil)

Vous êtes-vous déjà dit « Si ce jour-là, j’étais arrivé quelques minutes plus tôt, on ne se serait jamais rencontré » ou encore « si à cet instant je n’avais pas oublié mon parapluie, je ne serais jamais revenu dans ce bar ». Cet instant ponctué de « si » et dont il ne reste que peu d’exemplaires en mémoire. Cette inoffensive rengaine, c’est en partie le sujet de Your Name. Ce nom, ce jour, ce moment qu’on s’évertue à ne jamais oublier. Cette sensation qui nous habite jusqu’au jour où l’on a pu enlever le fameux « si ».

©2016 TOHO CO., LTD. / CoMix Wave Films Inc. / KADOKAWA CORPORATION / East
Japan Marketing & Communications,Inc. / AMUSE INC. / voque ting co.,ltd. / Lawson HMV Entertainment, Inc

Dans une première demi-heure, mignonne et plutôt fraîche Your Name. nous entraîne dans l’histoire de Mitsuha, une adolescente coincée dans une famille traditionnelle, rêvant de quitter ses montagnes natales pour découvrir la vie trépidante de Tôkyô. Cette première partie innocente c’est aussi celle de Taki, un jeune lycéen vivant dans la capitale japonaise, occupé par son petit boulot dans un restaurant, par une fille qu’il aimerait mieux connaître et par ses nombreux amis.
À travers leurs rêves, Mitsuha et Taki se voient littéralement propulsés dans la vie de l’autre…
Une étrange relation s’installe entre leurs deux corps qu’ils accaparent mutuellement et leurs vies qu’ils acceptent de partager sans détour.
Mais plus d’un mystère se cache derrière ces rêves étranges qui unissent ces deux destinées que tout oppose et qui ne se sont jamais rencontrées.

L’auteur et réalisateur, Makoto Shinkai ne le cache pas lorsqu’il est venu parler de son film lors d’un passage à Paris début décembre : « Ce concept léger existe depuis vraiment très longtemps. Cet aspect volontairement comique, un peu burlesque était un prétexte pour emmener sereinement le spectateur à des questionnements inattendus ». Oui, d’un coup d’un seul nous voilà emportés dans 107 minutes de films, prêts à être baladés d’émotion en émotion. Joli coup !
Même si de nombreux mangas et animés (oui, il y a aussi Star Wars en quelque sorte) l’ont fait avant lui, cette première partie très « échange » est ici maîtrisée d’une main de maître. Et d’un point de vue technique parfaitement réalisé. On saisit tout en un coup d’œil. De la façon de parler à la façon de bouger, ou plutôt, du doublage à l’animation des personnages.

« Je voulais du léger et du comique pour amener les spectateurs au questionnement qui se profile tout au long du film ».

Nous voici balancés dans une rythmique implacable et entraînante. Merci.

Derrière cette première partie, Makoto Shinkai nous emmène là où il veut, comme si nous étions ses jouets, nous pousse à différents questionnements, dans un scénario très bien imbriqué.
Si vous le laissez faire, ce film saura vous provoquer des émotions, alors, n’hésitez pas à vous asseoir et à laisser l’auteur vous promener.
Pas besoin d’user des superlatifs habituels avec ce film tant les plus de 14 millions d’entrées au Japon lui ont permis de battre tous les records de box-office. Il va (est) sorti (r) dans plus de 85 pays,  ce film est un phénomène.

Si vous avez vu le film ou si le spoil ne vous dérange pas, vous pouvez continuer la lecture.

Ce questionnement dont il est question est important et évident vu du japon, il l’est de plus en plus pour nos yeux Français au vu des événements de ses dernières années…   
« Que ferais-je si j’étais là où une catastrophe allait arriver ? Que ferait-on si nous savons qu’elle va arriver ? Pouvons-nous changer les choses ? Comment allons-nous changer ? »

Un écho à l’accident nucléaire, au séisme et au tsunami de Fukushima (mars 2011) qui impacte de plus en plus les créations japonaises. Tout laisse à penser que ce n’est d’ailleurs qu’un début tant les artistes nippons, au même titre que la population, ont conscience de la fragilité de l’archipel. Même si Katsuhiro Otomo, à son époque, l’évoquait dans Akira et inspira par la suite de nombreux auteurs, l’ombre du cataclysme plane encore et toujours, si bien, qu’à sa façon Your Name. et Makoto Shinkai pourrait être moteur d’une nouvelle vague… Une nouvelle manière d’intégrer la fragilité du Japon dans la popculture moderne. Mais c’est encore de la science-fiction que de l’affirmer aujourd’hui, seul l’avenir nous le dira.

La Science-fiction est d’ailleurs présente d’une certaine manière au même titre que de très nombreux éléments, spiritualité, onirisme, romance, humour, ou même religion, on est bluffé par l’écriture d’un film permettant d’insérer autant de choses. Le réalisateur nous confirme d’ailleurs que ça n’a pas été chose facile :
« Le plus difficile techniquement était de réussir à relier au scénario en lui-même, beaucoup d’ingrédients, beaucoup trop même pour seulement 100 minutes de film : Shintoïsme, SF, décalage temporel, poésie, histoire d’amour. C’était un sacré défi. »

Le rythme est d’ailleurs assez élevé pour un film d’animation japonais, l’industrie nous ayant habitués à plus de contemplation. De quoi surprendre ou désarçonner ? Pas totalement. Mais certains pourraient tout de même passer totalement à côté du film. « Avec une narration très complexe, je devais prioriser l’histoire et les émotions de mes deux personnages. […]Et si c’est vraiment trop complexe, je me suis dit que comme ça les gens pourraient le regarder plusieurs fois ».
Ne dit-on pas que le plaisir coupable d’un amateur de films serait de découvrir de nouvelles choses à chaque visionnage ?  

Il nous reste encore une question… ce « moment », ce « lien », ce « Musubi ».
Musubi est généralement traduit par « lier ensemble » ou « connexion ». C’est aussi ce que parfois on appellera « l’instant », l’espace-temps, « l’univers », mais comme tout concept, chacun se le réapproprie et le regarde de son point de vue. C’est aussi la naissance et le devenir de toute chose c’est aussi… plus qu’un concept et ce n’est pas ici qu’on vous éclairera le plus. Le créateur de Your Name. à tenter brièvement une explication:
« Le concept de Musubi existe depuis l’arrivée du bouddhisme. C’est comme les liens ou le destin. Musubi c’est aussi ce qui explique “les rencontres”, on cherche parfois les raisons de toutes ses rencontres, mais c’est inutile, c’est juste comme ça, alors c’est Musubi. Musubi se mêle aux rencontres de la vie. “

Avant de quitter la salle, l’artiste espérait sincèrement que son film dépasse les fans d’animation et puisse toucher le plus de monde possible et qu’il espérait bien revenir nous voir pour nous présenter un nouveau film dans 3 ans. Le rendez-vous est pris et le pari presque gagné !


Le saviez-vous ?

Fait unique, Your Name. est le premier film d’animation japonais à dépasser les productions du studio Ghibli, qui plus est en se positionnant dans le top 10 des records de B.O. au Japon devant Star Wars ou Harry Potter

B.O. où l’on retrouve le groupe RadWimps

Makoto Shinkai :

Jeune réalisateur, Makoto Shinkai apparaît sur la scène de l’animation japonaise en 1999, à seulement 20 ans, avec un court-métrage remarqué, She and Her Cat, dont il a assuré l’intégralité de la production et de la création en autodidacte. Toujours de manière autonome, des premiers dessins jusqu’au doublage, il réalise son premier moyen-métrage en 2002, The Voices of a Distant Star. Après des succès critiques et divers prix, il passe au long-métrage avec La Tour au-delà des nuages qui remporte là aussi  de nombreuses récompenses et lui permet d’acquérir une renommée internationale.
En 2007, il s’attèle à la réalisation de 5cm Per Second, une série de trois courts-métrages suggérant qu’il est l’un des réalisateurs les plus talentueux de sa génération. En 2011 avec Voyage vers Agartha, il renoue avec le long-métrage dans un récit d’aventure à gros budget. 
Your Name. marque la première collaboration entre CoMix Wave et le géant japonais du cinéma Toho (en charge des films des studios Ghibli et Chizu).
Sur ce film, outre la réalisation, Shinkai a composé le scénario et le script, ainsi que le story-board. Il a également écrit l’adaptation en roman, déjà publié au Japon. Il a su réunir autour de lui des talents d’animateurs réputés : le directeur de l’animation Masashi Ando, l’un des directeurs de l’animation du film Le Voyage de Chihiro et le character designer Masayoshi Tanaka, qui s’est récemment illustré dans le film The Anthem of the Heart.

Pour finir, un live drawing de Masayoshi Tanaka:

Authored by: Kuupaa

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